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Livres pour enfants

Trois bonnes raisons de partager Les malheurs de Sophie avec vos enfants

Manon De Miranda

Puisque nous n’avons pas envie de perdre notre âme d’enfant, c’est aujourd’hui avec la Comtesse de Ségur que nous avons décidé de retomber dans cette délicieuse période d’insouciance. Mais, vous vous en doutez, nous n’avons pas choisi la date au hasard… En effet, c’est le 1er août que l’autrice et Sophie, son personnage malicieux, fêtent leur anniversaire.

Non, on vous arrête tout de suite, nous ne nous sommes pas trompés sur la date. Sophie Rostopchine, connue sous le nom de plume de la Comtesse de Ségur, est bien née le 1er août 1799 à Saint-Pétersbourg en Russie. En revanche, cela correspond bien au 19 juillet du calendrier julien alors en vigueur dans la Russie de l’époque. Tout comme son autrice, la turbulente Sophie de son roman phare est née un 19 juillet. C’est donc bel et bien un récit semi-autobiographique que nous livre Sophie de Rostopchine dans Les malheurs de Sophie, le témoignage de son enfance rythmée par une mère très sévère et un père absent.

Publié en 1858 dans la fameuse collection de la Bibliothèque Rose des éditions Hachette, Les malheurs de Sophie est un véritable phénomène qui prospère encore aujourd’hui. Maintes fois adaptée, l’oeuvre de l’immortelle Comtesse de Ségur fascine et nous renvoie sensiblement à notre enfance… Une enfance ponctuée par de multiples bêtises et des malheurs dérisoires mais surtout une innocente insouciance qui, parfois, nous fait défaut une fois devenus adultes.

La comtesse de Ségur, une femme de Lettres

Si les enfants liront les aventures d’une petite fille téméraire, les adultes pourront y déceler un traité sur l’éducation qui raisonne encore étrangement dans notre époque actuelle. A l’heure où les punitions sont devenues un véritable sujet de société, les châtiments corporels endurés par Sophie pourront en choquer plus d’un. Mais derrière ces méthodes éducatives désuètes se cachent une véritable morale sur laquelle on peut encore s’appuyer aujourd’hui « Ne pleure pas Sophie, et n’oublie pas qu’avouer tes fautes, c’est te les faire pardonner ».

Pour les grandes personnes que nous sommes, le roman aura le doux effluve d’une madeleine de Proust tandis qu’il fera, à ne pas douter, éclater de rire vos enfants. Les bonnes raisons pour partager Les malheurs de Sophie en famille sont nombreuses mais en voici trois qui devraient vous donner envie de rouvrir, sans plus attendre, cet indémodable roman jeunesse.

Les malheurs de Sophie : un livre instructif et accessible

Rien de choquant ne se cachent entre les lignes des Malheurs de Sophie… hormis ces innombrables bêtises peut-être ! Bien entendu, nous nierons toute responsabilité si ce roman implante quelques idées saugrenues dans la tête de vos enfants… Ecrit dans un style à la fois théâtral et romanesque mais toujours avec des mots simples, vous pourrez faire la lecture de ce livre à vos enfants dès l’âge de six ans. Généralement, Les malheurs de Sophie correspond au premier roman dont les adultes se rappellent avoir fait la lecture sans leurs parents.

A l’instar du Petit Nicolas au 20ème siècle, la Comtesse de Ségur brosse, au travers de son œuvre, le portrait des bonnes familles françaises du 19ème siècle. Cependant, la véracité de son regard n’aura pas tardé à être remis en cause puisque si Les malheurs de Sophie s’inspire de l’enfance de l’autrice, le livre est largement romancé. Dans son autobiographie intitulé Autres Rivages, Vladimir Nabokov accusait l’autrice d’avoir francisé cette période de sa vie qu’elle a vécu dans une Russie à feu à sang. Peut-être ? Sûrement, même. Mais ce n’est pas l’important et ce n’est certainement pas la lecture qu’en feront vos enfants.

Dans une vision manichéenne et un peu naïve du monde, l’autrice dépeint le quotidien d’une petite fille de cinq ans auquel les enfants pourront facilement s’identifier. Eh bien oui, les bêtises ne sont-elles pas intemporelles ? Tester les limites est une des activités favorites des enfants. Et même s’ils savent pertinemment que ce n’est pas la bonne chose à faire, ils la feront quand même. Jouer avec les interdits est un passage obligé dans la construction de tout être humain. Ils permettent aux enfants d’établir un cadre sans lequel il ne pourrait pas apprendre à vivre en communauté. Et ce n’est pas Sophie de Réan qui dira le contraire !

Les malheurs de Sophie : des péripéties intemporelles

C’est une véritable ode à l’enfance que la Comtesse de Ségur nous livre à travers les pages des Malheurs de Sophie. Le récit d’un temps que tout un chacun a traversé, non sans quelques embûches, mais avec brio. Et, même le plus sage des enfants, saura reconnaître en Sophie un courage et une volonté à toute épreuve. Ce qui est assez ironique puisque, avouons-le, la petite fille est vraiment détestable.

Pauvre poupée de cire, pauvres petits poissons, pauvres abeilles et pauvre Sophie « Que vais-je devenir, moi, pauvre Sophie ? »… Peu importe le nombre de remontrances auxquelles elle fait face, Sophie continue son petit bonhomme de chemin presque impunément. Colérique, voleuse, menteuse, boudeuse et un peu sadique, Sophie s’illustre par ses innombrables bêtises. Mais au lieu de les assumer devant sa Maman, elle n’hésite pas à faire porter le chapeau à son pauvre cousin, Paul. Ce dernier, peut-être dans le but de l’impressionner, pardonne toujours les méfaits de sa tempétueuse cousine.

Les malheurs de Sophie : une adaptation cinématographique de Christophe Honoré

Au-delà des bêtises et de sa naturelle irrévérence, c’est peut-être son côté sournois qui est encore le plus irritant. Mais c’est ce qui ne manquera certainement pas de faire sourire vos enfants. Nous les entendons presque dire « Non, ne fais pas ça Sophie ! c’est une mauvaise idée ». En effet, même les plus jeunes, se reconnaîtront dans le sentiment de culpabilité que ressent immédiatement la petite fille après avoir commis ses bêtises « elle était inquiète ; elle ne faisait pas attention aux images ; elle croyait toujours entendre arriver sa maman ». Qui osera nous dire qu’il n’a jamais eu peur de se faire réprimander par ses parents après avoir commis une bévue ?

Aujourd’hui, les péripéties de Sophie n’ont plus prétention à devenir un guide moral pour les enfants. A la lecture des Malheurs de Sophie, on se rend bien compte que les leçons que nous donnent la Comtesse de Ségur ne sont plus vraiment d’actualité quoique… En effet, nous ne punissons plus les enfants de la même manière mais ne font-ils pas toujours autant de bêtises ? Et finalement, c’est précisément dans cela que réside l’intemporalité de ce roman… Il semblerait qu’il existe une vérité universelle selon laquelle les enfants ne seraient pas sages comme des images. Mais ça, nous sommes sûrs que vous le saviez déjà !

La comtesse de Ségur nous livre un véritable manuel éducatif

Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain. Et la Comtesse de Ségur aura su jouer d’un véritable tour de force en décrivant un monde enfantin dans sa relation avec les adultes. Parce que finalement, toute la morale des Malheurs de Sophie tient dans cette vision manichéenne du monde : celle du bien et du mal. Et si nous ne verrions plus les choses aussi simplement de nos jours, il n’empêche que ces deux notions restent des valeurs concrètes aux yeux des enfants.

A la lumière de cela, le roman de la Comtesse de Ségur est-il vraiment aussi désuet qu’il n’y paraît ? La justice et l’injustice ne sont-elles pas au cœur des divers mouvements qui ont bouleversé notre société ces dernières années ? Alors, certes, vous nous direz que la préface est gentillette « Grand-mère n’a pas toujours été bonne, et il y a bien des enfants qui ont été méchants comme elle et qui se sont corrigés comme elle ». Si cela semble plus facile à dire qu’à faire, il n’empêche que la Comtesse de Ségur présente l’éducation et l’environnement familial comme des facteurs déterminants dans la construction des enfants.

La comtesse de Ségur : une femme de Lettres du 19ème siècle

S’il est intéressant d’accompagner vos enfants dans leur lecture, c’est pour la discussion que le roman ne manquera pas de générer. Il ne faudra pas omettre de leur expliquer que ce livre a été écrit à une autre époque où l’on punissait les enfants à coups de fouets et de gifles. Il est important de replacer les choses dans leur contexte. Si beaucoup ont accusé la Comtesse de Ségur de faire l’apologie de méthodes éducatives peu scrupuleuses, nous ne sommes pas sûrs de partager cet avis. En effet, l’autrice ne serait-elle pas, au travers de Sophie, en train de faire un procès à sa mère ? On s’explique !

Sophie de Mijolla-Mellor, psychanalyste, a écrit « Les bêtises de Sophie apparaissent comme autant de critiques implicites du comportement adulte et plus spécialement maternel ». Vous avez besoin d’un exemple ? Prenons celui des abeilles. Alors que Sophie a éhontément découpé une abeille en morceaux, sa mère l’oblige à la porter autour de son cou en guise de punition humiliante. Mais n’est-ce pas un peu ironique quand une femme de son rang est habituée à porter un papillon en guise de broche ou des oiseaux empaillés sur son chapeau ?

Sous la plume de la Comtesse de Ségur, Mme de Fleurville, la maman des petites filles modèles, apparaît alors comme la mère idéale. Mais le lecteur d’aujourd’hui pourra encore tiquer en se demandant si ses petites filles, Madeleine et Camille, ne sont pas trop parfaites pour être réelles… La conclusion serait donc qu’il n’y a pas d’éducation parfaite. Aucun enfant n’est irréprochable – à moins que vous puissiez nous dire le contraire ? – mais ils pourront tous trouver dans Les malheurs de Sophie, une manière amusante de tirer les propres leçons de leurs erreurs. Et puis, n’est-ce pas justement en faisant des erreurs que nous apprenons quelles sont les conséquences à en tirer ? Et c’est précisément pourquoi nous vous conseillons de continuer de partager Les malheurs de Sophie avec vos enfants !

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Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.

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