Entretien avec Claire Legendre : une autrice cosmopolite expatriée à Montréal

De Nice à Montréal, en passant par Rome et Prague, Claire Legendre est une autrice cosmopolite, une voyageuse invétérée. Nourrie par les différentes cultures dont elle s’est imprégnée, l’autrice expatriée au Canada transmet à ses lecteurs son goût prononcé pour l’écriture mais défend, également, les causes qui lui tiennent à cœur. Nous avons profité de quelques minutes de son temps libre pour lui poser quelques questions…

  • Vous avez animé un atelier d’écriture à l’institut français de Prague avant de partir enseigner la création littéraire à l’Université de Montréal. Quelles sont les personnes qui participent à vos cours ? Qu’est-ce qui anime généralement vos élèves ?

Oui, et j’enseignais déjà l’écriture créative (entre autres) à l’Université de Nice. J’ai eu affaire à différents publics, dans le cadre de l’université c’est toujours un peu délicat car il faut transmettre des connaissances et un savoir-faire, donner des notes, alors qu’à l’Institut français de Prague, par exemple, c’était très libre, les participants venaient de tous horizons, Tchèques francophiles et Français mélangés, mais aussi des Russes, Bosniaques, Belges, Slovaques… de tous âges et tous milieux. Ils venaient pour le plaisir d’écrire en français et stimuler leur créativité.

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Claire Legendre par © Lou Scamble

C’était très riche ce melting-pot et l’atmosphère y était très amicale. A l’Université on a une majorité de jeunes gens qui étudient les lettres et la scénarisation, ce qui est passionnant c’est de pouvoir les accompagner parfois durant des années, jusqu’à la maîtrise ou au doctorat en recherche-création, qui donnent souvent lieu à des romans publiés. Plusieurs de mes étudiants ici sont des écrivains publiés. C’est très gratifiant, et surtout c’est intéressant de travailler avec eux, car ils sont des partenaires de réflexion à part entière. C’est stimulant de les voir cheminer et de les accompagner dans leurs recherches.

  • Vous êtes ambassadrice de la littérature française à l’étranger, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ambassadrice, je ne sais pas. Ce serait une lourde responsabilité. Je me sens véritablement immigrée, avec tout ce que ça comporte d’enrichissement culturel et de déracinement. C’est intéressant pour la langue, par exemple : je parle et j’écris en français une langue unique, mâtinée de Québec, d’Occitanie, d’italien, de l’argot marocain de mon père, de tournures tchèques, etc.  Je suis au carrefour de cultures qui me nourrissent. En tant que prof, peut-être que je joue davantage ce rôle, en faisant lire à mes étudiants des auteurs peu étudiés jusque-là au Québec par exemple : il y a quelques années, mettre au programme Edouard Levé, Alexiévitch ou Doubrovsky, qui ne sont pas forcément étudiés en création, c’est une manière de semer. J’ai invité des auteurs français comme Thomas Clerc,