Momo de Michael Ende : à la recherche du temps volé

La petite orpheline Momo semble bien seule à prendre la mesure de ce qui se perd le jour où des messieurs gris commencent à convaincre tous les habitants de la ville de rationaliser leur temps pour l’épargner… Classique incontournable de la littérature jeunesse allemande, Momo mêle savoureusement récit d’aventure et fable philosophique. Une valeur sûre pour les bons lecteurs à partir de 10 ans à qui 431 pages ne font pas peur !

Michael Ende est peut-être l’auteur jeunesse le plus célèbre d’Allemagne. Ses romans y constituent un univers de références partagées, avec toujours autant de plaisir, par plusieurs générations. Tous témoignent de l’imagination époustouflante de cet auteur, de son immense talent de conteur et de son art d’interroger le monde et la société, sur le mode de la fable. En France, c’est sans doute L’Histoire sans fin que l’on connaît encore le mieux, texte fabuleux dont se régalent les lecteurs capables d’engloutir un pavé riche de personnages, de péripéties et d’univers complexes. Sur l’autre rive du Rhin, tous les enfants lisent dès le plus jeune âge les aventures du petit Jim Bouton et de son amie locomotive. Momo, qui peut être proposé à une tranche d’âge intermédiaire (mais sans aucune limite d’âge), est probablement mon préféré – pour son héroïne inspirante, son intrigue addictive et la façon dont il nous donne à réfléchir sur le temps « Ce que la petite Momo savait faire comme personne, c’était écouter. Vous vous dites peut-être : écouter, ça n’a rien d’extraordinaire, tout le monde en est capable. Eh bien, c’est faux ».

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Momo ne possède presque rien, mais elle est riche de ses amis et d’un don extraordinaire : son écoute tranquille et attentive désamorce les disputes, apaise, suscite des idées nouvelles, des histoires et des jeux exaltants. Autant dire qu’on ne s’ennuie jamais avec elle ! Mais voilà que cette belle harmonie est menacée par des hommes d’affaires gris qui engagent les habitants de la ville dans un terrible commerce : il s’agit de gérer leur temps comme une fortune. Ce qui implique, évidemment, d’en rationaliser l’utilisation pour en accumuler un maximum à la fameuse Caisse d’épargne du Temps. La ville entière semble prise dans un rythme infernal et Momo pourrait être la seule capable de résister aux plans des messieurs gris…

C’est assez impressionnant de voir à quel point ce roman paru en 1973 est prémonitoire des maux d’aujourd’hui. Entre récit d’aventure et fable philosophique,