L’air Ă©tait tout en feu de Camille Pascal : de l’art du complot au temps de la rĂ©gence, mode d’emploi

L’air était tout en feu… et pas que lui ! Dans ce roman qui restitue superbement l’atmosphère à la cour de Philippe d’Orléans en 1718, Camille pascal, académicien, nous fait découvrir des coulisses peu reluisantes. En comparaison, les politiciens d’aujourd’hui passeraient pour de petits joueurs.

L’air Ă©tait tout en feu : un peu d’histoire

Louis XIV meurt en 1715 après plus de soixante ans d’un règne marqué par les fêtes les plus époustouflantes voulues par le Roi Soleil et l’extinction des feux générale quand Madame de Maintenon sifflera la fin de la récréation et le repli sur une intransigeante austérité. Louis XV est trop jeune pour lui succéder, ce n’est encore qu’un enfant. Alors ça s’écharpe à qui mieux mieux pour l’inévitable régence. En compétition : Philippe d’Orléans neveu du défunt, Le duc de Maine, fils illégitime, mais adoré du même défunt monarque qui lui a confié la tutelle et l’éducation du futur Louis XV et qu’il nomme régent du royaume. Philippe d’Orléans obtient de faire casser un testament qui le prive de prérogatives qu’il juge dues à sa naissance. Le Parlement le reconnaît donc comme seul régent ce qui lui permet d’évincer le duc du Maine. Mais on n’a rien sans rien, et Philippe d’Orléans restitue au Parlement de paris le droit de remontrance supprimé par Louis XIV. Il entame sa régence avec deux « influenceurs » majeurs : son ami Saint-Simon et le diabolique abbé Dubois, autrefois son précepteur.

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Philippe, fils de France, proclamé roi d’Espagne par son grand-père Louis XIV, François Pascal Simon Gérard (1770-1837)

L’air Ă©tait tout en feu : beaucoup d’histoires !

Changement radical d’ambiance après la mort de Louis XIV. Le RĂ©gent s’installe au Palais royal qui devient le cĹ“ur de la vie politique et artistique… et le lieu d’une vie dĂ©bridĂ©e et de dĂ©bauche, oĂą l’orgie n’est pas rare. Les rumeurs circulent Ă  grande vitesse, y compris les plus scandaleuses comme des soupçons d’inceste et de tentatives d’empoisonnement. Les ennemis ne manquent pas, tout le monde a une bonne raison d’en vouloir au RĂ©gent, en particulier une princesse de sang pĂ©trie d’orgueil qui règne sur une vĂ©ritable cour parallèle d’oĂą partent toutes sortes d’écrits incendiaires : La minuscule et redoutable BĂ©nĂ©dicte – mais elle aime qu’on l’appelle du nom prĂ©cieux de Ludovise – duchesse du Maine, petite-fille du grand CondĂ©. Et Ă©pouse du Duc du Maine, qu’elle dĂ©teste, mais l’honneur du nom avant tout. Pour elle, l’éviction de ce mari honni est inacceptable.

l'air était tout en feu rentrée littéraire 2022

C’est sur un incendie prémonitoire que s’ouvre le roman. Une vieille femme pauvre essaie de retrouver le cadavre de son fils en faisant voguer une chandelle de suif qu’elle allume pour qu’elle puisse retrouver son fils. Hélas, la chandelle devient brasero et s’échoue sous le Petit-Pont qui s’embrase. Notre-Dame est menacée.

Pendant ce temps, au château de Sceaux, la duchesse du Maine va souffler sur un tout autre brasier, bien plus menaçant pour le Régent, celui du complot.

Camille Pascal manigance des complots

Pour faire simple – vous lirez tous les dĂ©tails de cette machiavĂ©lique conspiration – la Duchesse souhaite renverser le RĂ©gent et mettre Ă  sa place, c’est du moins ce qu’elle dit, Philippe V, le Très-Catholique roi d’Espagne, très obsĂ©dĂ© sexuel aussi (une scène savoureuse vous attend). Entre les deux Philippe, le contentieux est lourd et la petite duchesse joue sur du velours, recrutant Ă  tout de bras les acteurs – au talent fort inĂ©gal, il faut bien le dire – de son projet. BĂ©nĂ©dicte a d’ailleurs fondĂ© « L’ordre de la mouche Ă  miel » parodie d’ordre de chevalerie dont elle est la Dame, une dame de fer avant l’heure tant ses colères sont redoutĂ©es. Colères ou crises d’hystĂ©rie ? Chacun jugera. On assiste, sous sa fĂ©rule, Ă  une succession de scènes assez rocambolesques, en particulier la tentative d’enlèvement nocturne du RĂ©gent. La dame a beaucoup lu, cela se voit.

Si la duchesse déploie des trésors d’inventivité, on n’est pas en reste dans le camp adverse. Du côté des alliés de Philippe d’Orléans, Saint-Simon, l’ami fidèle, l’anxieux, le vigilant. Mais on retient surtout le très célèbre abbé Dubois, ministre, conseiller du Régent, un pare-feu incontournable et d’une intelligence tactique exceptionnelle. Celui-ci négocie secrètement à Londres la Quadruple Alliance destinée à isoler l’Espagne et son Premier ministre le cardinal Alberoni. Une belle partie d’échecs s’engage entre les deux camps où chacun essaie d’avoir un coup d’avance sur l’autre. À ce petit jeu, certains sont meilleurs que d’autres.

Et Ă  la fin, devinez qui gagne ?

Ne comptez pas sur moi pour vous le faire savoir, ni surtout comment. On peut néanmoins dire que le lecteur est à la fête, surtout si comme moi, il aime le style d’écriture de cette époque que l’auteur maîtrise à merveille. En cette rentrée littéraire 2022, Camille Pascal nous donne à lire un roman historique très riche, avec un luxe de détails. C’est érudit, fin et d’une certaine façon, très objectif tant chacun en prend pour son grade mais sans tomber dans la caricature. Le théâtre du pouvoir, sa grandeur et ses misères sont dépeints avec ce regard distancié que donne le recul et le fait de transformer des personnes en personnages de roman. Et, cerise sur le gâteau, c’est souvent drôle, grâce à une ironie sous-jacente mâtinée de tendresse pour ses personnages.

Je ne peux que vous recommander, si vous en avez l’occasion, de revoir l’excellent film de Bertrand Tavernier, Que la fête commence avec une brochette d’acteurs exceptionnels, Philippe Noiret en Régent et Jean Rochefort en irrésistible et cabotin abbé Dubois.

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