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Comment Le château de Hurle de Diana Wynne Jones donne-t-il une nouvelle dimension au film de Miyazaki ?

Chaussez vos bottes de sept lieues car, aujourd’hui, c’est dans le royaume magique d’Ingarie que nous vous emmenons à travers Le château de Hurle de Diana Wynne Jones. Vous ne faîtes pas erreur, ce roman n’est autre que celui qui a inspiré le célèbre Hayao Miyazaki pour son film, Le château ambulant. Et, après le chef d’œuvre incontesté du réalisateur japonais, il était urgent de se faire une idée sur le roman qui l’a inspiré…

Tags: 11-14 ans, adaptation cinématographique, fantasy

Récemment remis au goût du jour par les éditions Ynnis, c’est le 24 juin dernier que paraissait le premier tome de la trilogie de Diana Wynne Jones en français. Si l’histoire du Château de Hurle ne vous semble pas inconnue, c’est certainement parce que vous êtes familiers du film d’animation d’Hayao Miyazaki intitulé Le château ambulant. Eh oui ! Saviez-vous que cette histoire ne sortait pas tout droit de l’imagination du célèbre réalisateur japonais mais de celle de Diana Wynne Jones, une autrice britannique ?

Cependant, on vous l’accorde, déceler cette nuance s’avère difficile tant l’histoire et les personnages de Diana Wynne Jones se fondent avec aisance dans l’univers aussi particulier qu’emblématique de Miyazaki. Parfois caractérisé de réalisateur naïf avec ses histoires légères empreintes de magie, Hayao Miyazaki fait pourtant preuve d’ambivalence dans ses narrations. Avant-gardiste en matière d’écologie, il mise sur l’incandescence de ses personnages pour insuffler une prise de conscience à ses plus jeunes spectateurs. Mais loin de séduire un public uniquement enfantin, le réalisateur japonais captive les adultes en détournant les images féériques pour créer des mondes uchroniques. En bref, Miyazaki a l’art et manière de dissimuler une véritable critique du monde dans lequel nous évoluons sous des allures d’histoires enchanteresses.

Chateau de Hurle, un roman fantastique ado

Le Château ambulant d’Hayao Miyazaki

Son Château ambulant ne fait donc pas exception à la règle. Sous ses airs de conte de fées, le film d’animation ne manque pas de mêler onirisme et politique. Chez Hayao Miyazaki, l’un ne semble pas pouvoir exister sans l’autre. Et, en effet, on ne peut que constater que la guerre – qu’il tient en horreur suite au traumatisme laissé par les bombes d’Hiroshima et Nagasaki – menace l’équilibre précaire du fil sur lequel déambulent ses personnages. Cependant, la féérie qui se dégage de ses images finit par l’emporter sur tout le reste. En une phrase, Le Château ambulant est certainement son film le plus fantasmagorique. Mais pourquoi ? Le roman de Diana Wynne Jones y serait-il pour quelque chose ?

Le château de Hurle : roman fantastique pour adolescents ou conte de fées revisité ?

Le château de Hurle : un conte en bon et due forme

« Au pays d’Ingarie, où existaient réellement des choses telles que les bottes de sept lieues et les capes d’invisibilité il était malvenu d’être l’aîné d’une famille de trois – voire pire – si toute la fratrie tentait de faire fortune » et ainsi s’ouvre Le château de Hurle de Diana Wynne Jones. Cette phrase, d’apparence anodine, donne pourtant le ton à tout le roman. Pourquoi ? Parce qu’en quelques mots seulement, l’autrice britannique nous donne à voir son style emprunté au genre du conte traditionnel. Effectivement, quand on y réfléchit un peu, nous ne sommes pas loin du fameux « il était une fois »…

En avançant dans votre lecture, rien ne vous détournera de cette idée. Les phrases courtes et simples tendent à corroborer la définition du conte comme instaurée par la littérature. En effet, Le Château de Hurle adopte un schéma de conte traditionnel où la réalité telle que nous la connaissons papillonne avec merveilleux et fantastique. Ainsi, nous avons une situation initiale, un élément perturbateur, une action réparatrice et une fin heureuse. Cela étant dit, vous pourrez vous demander en quoi le roman de Diana Wynne Jones est-il plus intéressant que les contes de Grimm, par exemple. Patience, nous y venons…

Quand le conte se transforme en roman fantastique pour adolescents…

Sophie Chapelier menait une vie ordinaire, entre chapeaux et rubans, jusqu’à ce que son chemin croise, de manière fortuite, celui du terrifiant mage Hurle, un magicien connu pour séduire le cœur des jeunes filles dans l’unique but de « boire leur âme ». Malgré son innocence, elle devient bientôt l’objet de la colère de la sorcière des Steppes qui décide de se venger d’une manière bien cruelle « Sophie se regarda dans le miroir, et dut s’approcher pour voir. Le visage dans la glace était plutôt calme, car c’était ce qu’elle s’attendait à découvrir. C’était celui d’une vieille femme émaciée, usée, brunie, entouré de cheveux blancs. Ses yeux, jaunes et humides, lui rendaient tragiquement son regard ». La voilà transformée en une vieille dame de 90 ans.

Le Château de Hurle : un roman de Diana Wynne Jones

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Ne pouvant supporter son reflet et craignant le regard de sa famille, la jeune fille devenue vieille décide de quitter sa chapellerie pour s’en aller errer comme une âme en peine. Mais loin de la vie morne et triste qu’elle s’attendait à mener, ce sont les portes d’un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence qui va s’ouvrir devant elle. Un monde où l’on peut discuter avec un démon du feu près de la cheminée, où les apprentis sorciers s’entraînent à la maîtrise de la magie et où la colère se manifeste par des quantités « monstrueuses de mucus verdâtre »… Plus jamais rien ne sera comme avant pour Sophie. De chapelière, elle devient femme de ménage pour le mage Hurle, un jeune homme qui se révélera, finalement, bien plus grincheux qu’effrayant.

Mais là où le livre de Diana Wynne Jones s’éloigne du conte traditionnel pour devenir un roman fantastique pour adolescents, c’est dans le développement de son intrigue. Si dans les contes de fées, les damoiselles en détresse peuvent toujours compter sur leur preux chevalier pour venir les sauver, ici, Sophie ne pourra compter que sur elle-même. La sorcière des Steppes le lui a bien précisé « vous ne pourrez dire à personne que vous êtes sous l’influence d’un sort ». Bien qu’elle conclût un marché avec Calcifer, le démon du feu aussi adorable que froussard, elle ne sera sauvée que si elle le délivre, en premier lieu, de la malédiction dont il est prisonnier. Mais comment s’y prendre ? La pauvre Sophie n’est décidément pas au bout de ses peines…

Mais en plus de devoir gérer ses propres problèmes, elle va devoir assumer la mauvaise humeur du mage après avoir décidé d’entrer dans le « grand, élancé et lourd à la fois, laid et plutôt sinistre » château de Hurle… Alors qu’elle doit vivre avec les douleurs d’une vieille dame, elle doit également faire face aux sautes d’humeur du magicien aussi narcissique que lâche… Celui qui passe des heures dans la salle de bain afin d’entretenir son charme surfait, agace la jeune fille qui se cache derrière le poids des années qui lui ont été imposées…

Le Château de hurle ou comment Diana Wynne Jones nous donne une subtile leçon sur les apparences trompeuses…

Le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte

Finalement, bien plus qu’un conte de fées ou qu’un roman fantastique pour adolescents, Le Château de Hurle correspond beaucoup plus à la définition du roman initiatique. Si Sophie a l’apparence d’une vieille dame de 90 ans, elle reste une jeune fille rêveuse. Mais son vieillissement prématuré fait d’elle, une femme plus sûre d’elle. Et c’est ainsi qu’elle débarque, sans crier gare, dans la vie de Hurle pour y semer une monstrueuse pagaille. Elle s’impose de force et pour ne pas se retrouver à la porte, elle se met à astiquer tous les recoins du château. Elle sait qu’elle n’a plus rien à perdre « peut-être que le balai qu’elle maniait avec entrain lui avait-il mis des idées dans la tête » et impose sa présence de manière éhontée. Au crépuscule de sa vie écourtée, Sophie devient audacieuse.

La jeune fille timide se transforme peu à peu en vieille dame téméraire. Le poids des années qui repose désormais sur ses épaules lui insuffle un nouveau souffle de vie. N’est-ce pas quelque peu ironique ? Mais c’est sûrement cela qui a séduit Miyazaki… En effet, le réalisateur a trouvé dans Le Château de Hurle, un de ses sujets de prédilection : le difficile passage de l’enfance à l’âge adulte. Un moment critique où la naïveté aussi merveilleuse que craintive des enfants est confrontée à la réalité prosaïque de la vie.

Mais le vilain petit canard de la famille Chapelier va se transformer au contact de Hurle, de Michaël et de Calcifer. Ainsi, la petite chenille ne va pas tarder à devenir papillon. Une fois encore, on ne manquera pas de souligner l’ironie du sort puisque c’est en perdant l’ardeur de sa jeunesse que Sophie deviendra finalement une personne accomplie. Et c’est en se défaisant de tous les préjugés qui ont construit son enfance qu’elle va, finalement, être capable de voir Hurle sous un nouveau jour. Bien entendu, nous ne nierons pas son côté « volage, imprudent, égoïste et hystérique » mais elle saura déceler sa douceur et sa générosité sous son apparence désinvolte… Ouvrira-t-il les yeux à son tour ?

Le rejet d’une beauté surfaite

L’une des thématiques phares du livre réside dans le rejet d’une beauté surfaite. Peut-on construire sa personnalité sur sa seule apparence ? On ne peut pas dire que cela ait vraiment réussi à notre pauvre Sophie « Cette nuit-là, alors qu’elle cousait, Sophie s’avoua qu’elle trouvait sa vie assez ennuyeuse. Plutôt que de parler aux chapeaux, elle les essaya tous alors qu’elle terminait et s’admirait dans le miroir. C’était une erreur. La robe grise toute simple n’allait guère à Sophie, d’autant qu’elle avait les yeux rouges à force de coudre ». Mais la beauté apporte-t-elle vraiment le bonheur ? Si Sophie en était persuadée, sa rencontre avec Hurle va bouleverser ses idées reçues.

Le Château ambulant de Miyazaki

Le mage Hurle et Sophie vus à travers le regard de Miyazaki

La réputation de ce dernier ne tient qu’à son charme mais cela fait-il de lui un homme accompli ? Pas selon Diana Wynne Jones qui ne tarde pas à dissocier la notion de bonheur de celle de la beauté. En effet, elle écrit une scène – hilarante pour le lecteur – où le mage devient complètement hystérique après que ses cheveux aient malencontreusement – merci Sophie ! – pris une couleur rougeâtre « Regardez, examinez, inspectez ! Mes cheveux sont gâchés ! Je ressemble à une poêlée d’œufs au lard ! ». Mais loin de se laisser berner par son comportement infantile, Sophie n’hésite pas à lui voler dans les plumes « Cessez immédiatement ! Vous vous comportez comme un bébé ! ». Mélodramatique, Hurle commence à déverser un mucus verdâtre dans tout le château pour manifester sa colère. Persuadé d’avoir perdu tout son aura, Hurle se venge de la plus puérile des manières. Et c’en est trop pour Sophie !

Diana Wynne Jones est subtile mais elle donne une belle leçon de vie à ses lecteurs. En effet, c’est à travers des scènes aussi innocentes qu’amusantes qu’elle nous explique que la beauté ne fait pas le bonheur mais que c’est dans l’accomplissement de soi que l’on devient resplendissant. Et aussi ironique que cela puisse sonner, c’est finalement en revêtant les traits d’une vieille dame que Sophie s’affirme. Et c’est dans cette prise de conscience qu’elle renaîtra sous les traits d’une femme éclatante. Et ce, peu importe, le nombre des années qui pèsent lourdement sur ses épaules…

Miyazaki et Le Château ambulant ou Diana Wynne Jones et Le Château de Hurle ?

Pour nous, impossible de faire un choix entre les deux ! Le pouvez-vous ? Si le film reprend fidèlement le fil de l’intrigue imaginé par Diana Wynne Jones, l’adaptation de Miyazaki est finalement beaucoup plus tendre et romantique que l’histoire décrite dans le livre. En effet, ne vous attendez pas à un copier-coller du roman de Diana Wynne Jones. La touche artistique de Miyazaki fait du Château ambulant, une œuvre unique. Le roman et le film diffèrent donc sur de nombreux points mais est-ce vraiment une mauvaise chose ? Si les adaptations cinématographiques sont souvent moins réussies que les œuvres originales, nous ne l’appliquerons pas au Château de Hurle. Certes, Miyazaki a pris des libertés scénaristiques mais peut-on parler de trahison quand on voit les paysages imaginés par l’autrice britannique prendre vie sous nos yeux ? Non. Pourquoi ? Parce que la magie de Miyazaki opère, tout simplement.

Mais il reste intéressant de lire Le Château de Hurle qui développe une intrigue beaucoup plus profonde que celle du Château ambulant. En effet, les personnages y sont plus nombreux et n’ont pas tout à fait le même rôle que dans le film d’animation. Prenons Sophie, par exemple. Si tout au long du film, elle nous apparaît comme la douceur incarnée, dans le livre, elle est beaucoup plus piquante et mordante. Surtout envers Hurle, ce qui crée de nombreuses scènes cocasses « Allez, rentrez, vieille chose hyperactive. Trouvez à vous occuper autrement, avant que je ne me mette en colère ». Les dialogues entre les deux personnages sont truffés d’un humour aussi acéré que grinçant tandis que dans le film de Miyazaki, leurs rapports sont beaucoup plus respectueux et teintés de romantisme.

Ensuite, le film de Miyazaki a été conçu pour être une œuvre à part entière. L’intrigue s’oriente ainsi autour du maléfice qui relie Hauru (Hurle dans le livre), Calcifer et Sophie. Cette dernière se met alors en tête de libérer son magicien afin de lui rendre son humanité ce qui a donné naissance à la magnifique citation « Un cœur, c’est lourd à porter ». Et si on veut être tatillon, on doit bien avouer qu’elle nous a manqué dans le roman. Mais le ton narquois employé par Diana Wynne Jones ne s’y prêtait tout simplement pas. Et c’est une dimension tout aussi captivante que l’autrice choisit de développer entre ses lignes…

En effet, les événements évoqués dans Le Château de Hurle suggèrent que notre monde serait intrinsèquement lié à celui de la magie. Cela remet en cause l’identité même de Hurle qui serait né dans un étrange pays appelé Galles… Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose… ? Ainsi, quand Sophie rencontre le neveu du magicien au pays de Galles, elle reste interloquée quand son jeu vidéo décrit un monde qui n’est pas sans lui rappeler le sien « Vous vous trouverez dans un château enchanté avec quatre portes. Chacune donne un accès à une dimension différente. Dans la dimension un, le château se déplace constamment et peut arriver à tout moment dans un endroit dangereux… ». Tiens, tiens, n’est-ce pas intrigant… Mais qui est donc Hurle en réalité ? Bonne question mais ne vous attendez pas à ce que Diana Wynne Jones vous apporte la réponse. Avouez que ça ne serait pas drôle sinon ! Mais pas de panique ! Le deuxième opus de sa trilogie, intitulé Le Château des nuages, est attendu pour le 18 novembre prochain aux éditions Ynnis…

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Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.