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Littérature et essais

La vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker : retour sur le best-seller que personne n’attendait

A quelques semaines de la sortie de L’énigme de la chambre 622 de Joël , nous avons fait le choix de faire un bond de quelques années en arrière. Vous y êtes ? Nous sommes en 2012 et tous les médias n’ont qu’un nom à la bouche : Joël .

Cet illustre inconnu genevois vient de publier son second roman intitulé La vérité sur l’affaire Harry Québert. Un ouvrage qui décroche le grand prix du roman de l’Académie française puis le Goncourt des lycéens dans la foulée. Un thriller qui devient, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, un best-seller mondial… Six ans plus tard, le livre se voyait même adapté en série télévisée !

Note Babelio

4.05/5 (12542 votes Babelio)

Il est toujours difficile de déceler le pourquoi du comment un roman va devenir un best-seller. Publié aux éditions de Fallois / L’âge d’homme, La vérité sur l’affaire Québert ne faisait d’ailleurs pas l’unanimité de toute la critique… Mais où réside le secret du succès alors ? La question reste ouverte et le mystère non-élucidé…

Un polar sous haute tension

Tout commence à Aurora, une petite ville paisible du New Hamphire aux Etats-Unis. Marcus Goldman, un écrivain en mal d’inspiration, est venu y rejoindre son ancien professeur d’université, Harry Québert. Ce dernier est l’auteur de « Les Origines du mal » qui fut encensé par la critique, une trentaine d’années plus tôt. Marcus nous apparaît comme misérable tandis que son mentor essaye de lui redonner confiance en lui. Mais rien n’y fait, l’écrivain est victime du syndrome de la page blanche. Cependant, alors qu’il rentre désespéré à New-York, son mentor va lui fournir, malgré lui, le sujet de son prochain roman…

En effet, peu de temps après son départ, un corps est retrouvé dans le jardin de Harry Québert… Il s’agit de Nola Kellergan, une adolescente de 15 ans qui avait mystérieusement disparue trente ans plus tôt. L’affaire ne tarde pas à faire la une des journaux de tout le pays. Alors que le manuscrit des « Origines du mal » est découvert près de la jeune fille, le doute se transforme rapidement en vérité. L’Amérique se passionne autant qu’elle s’insurge quand elle comprend que le best-seller qui a rendu Québert célèbre ne raconte rien d’autre que l’histoire d’amour interdite entre un écrivain de 34 ans et une adolescente de 15 ans. Vous l’avez compris, Québert était amoureux de Nola et cela fait de lui, le coupable idéal.

A partir de là, le roman s’accélère et entraîne son lecteur dans un rythme effréné. A chaque page, son rebondissement ! L’enquête est passionnante et les apparences de carte postale d’Aurora s’étiolent lentement. Au travers des témoignages des habitants, Goldman reconstitue, morceau par morceau, le passé sulfureux de Nola Kellergan. Tout est faux-semblant et dissimulation. En effet, tout le monde ne semble pas enclin à ce que la vérité soit dévoilée… Construit sous la forme d’un compte à rebours savamment orchestré, le roman mettra les nerfs des lecteurs à rudes épreuves…

Une subtile critique de l’Amérique puritaine

Dans La vérité sur l’affaire Harry Québert, tout n’est que mise en abyme. Les histoires s’imbriquent les unes dans les autres pour mieux égarer le lecteur. Le point central de l’histoire se trouve finalement dans le titre du livre de Québert « Les origines du mal ». Joël Dicker réussit un tour de force et amène ses lecteurs à réfléchir. Où s’arrête le bien pour laisser place au mal ? Vous avez quatre heures !

Peut-être est-ce là finalement que réside le secret du succès ? Bien plus qu’un polar haletant, Dicker se montre critique envers une Amérique encore très puritaine. Par exemple, les habitants d’Aurora ne sont pas tant choqués du meurtre de Nola que de sa liaison interdite avec l’écrivain. Alors, bien sûr, dans un premier temps, le lecteur se rangera naturellement à l’opinion publique : c’est mal… Mais Dicker ébranle nos certitudes et les balaye d’un revers de la main. L’amour, ça ne se commande pas.

L’écrivain se montre ingénieux et fait de Nola une jeune fille intelligente bien que secrète. Il la dépeint comme frivole, certes, mais déterminée. Elle est prête à tout pour vivre son amour au grand jour et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Dicker nous pousse subtilement à remettre en question tous les principes moraux qui régissent notre quotidien. Où sont les limites ? Si Nola se révèle ambiguë, elle est loin d’être la seule. Nombreux sont les personnages qui cachent leur nature profonde au profit d’une bienséance, d’une moralité dont l’Amérique est encore fervente protectrice. Il faut sauver les apparences. Oui mais à quel prix ?

Joël Dicker, un auteur de génie ?

Si le moteur du roman est l’enquête autour du meurtre de Nola Kellergan, le coup de génie de Joël Dicker tient probablement à cette dernière mise en abyme. Le livre que Marcus est en train d’écrire est celui que nous, lecteurs, sommes en train de lire.

Loin d’avoir sa langue dans sa poche, Joël Dicker, ce jeune auteur qui n’avait pas trente ans à l’époque, arrive et jette un coup de pied dans la fourmilière de l’édition. Non seulement, il donne des leçons d’écriture mais en plus, il se permet de critiquer les grosses machines éditoriales que sont aujourd’hui les grandes maisons d’édition. L’auteur suisse n’a décidément pas froid aux yeux. Le livre serait-il devenu un objet purement marketing ? Dicker n’hésite pas à ériger l’éditeur comme un homme d’affaires sans scrupule à la recherche d’une histoire bien juteuse à transposer en succès littéraire.

Mais Marcus n’est pas dupe. Si, dans un premier temps, il nous apparaît comme un homme qui s’apitoie facilement sur son sort, il se montrera un ami loyal et obstiné. Ainsi, jamais il ne cessera de se battre pour redorer le blason de celui qui lui a tout appris.

Il y aura un avant et un après La vérité sur l’affaire Harry Québert. Marcus en est conscient même s’il n’est pas encore prêt à l’accepter. Goldman et Dicker se fondent l’un dans l’autre dans cet ultime truisme. Joël Dicker aurait-il des talents de divination ? On pourrait presque le croire quand on connaît le succès retentissant de son roman.

En bref, « un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé ». Et ce n’est pas nous qui vous dirons le contraire ! C’est un marathon que nous avons l’impression d’avoir couru quand nous atteignons enfin la dernière page. L’intrigue policière est menée avec une telle justesse que plus les pages défilaient, plus notre curiosité était piquée au vif. Surprenant, accrocheur, déroutant et un brun mélancolique, La vérité sur l’affaire Harry Québert ne démérite pas sa notoriété mondiale.

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Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.