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Littérature et Essais

Là où chantent les écrevisses : un hymne à la nature aussi inattendu qu’envoûtant

Elle est indomptable… Pourtant, la pureté de la fille des marais est semblable à la nature qui l’entoure. Qui sont les monstres ? Les hommes ou les bêtes sauvages ? Delia Owens vous apporte un début de réponse dans son livre mystérieusement intitulé Là où chantent les écrevisses

Il y a des livres que personne n’attend mais qui, pourtant, bouleverse toute la scène littéraire sans que l’on sache vraiment pourquoi. C’est le cas de Là où chantent les écrevisses de Delia Owens. Un best-seller inattendu, mais foudroyant. En bref, l’un des meilleurs livres de l’année 2020.

la ou chantent les ecrevisses

Note babelio 4,5

4.4/5 (2319 votes Babelio)

Mais… pourquoi en parler maintenant ? Eh tout simplement, parce qu’il continue de hanter la mémoire des lecteurs, y laissant une trace vivace, indélébile. Et avec sa sortie au format poche en mai dernier, notre petit doigt nous dit que l’histoire de Kya – alias la fille des marais – n’a pas encore fini de libérer tout son potentiel.

Véritable phénomène littéraire, Là où chantent les écrevisses de Delia Owens touche une corde sensible insoupçonnée. À la fin de ce roman, vous ne serez peut-être toujours pas où acheter des écrevisses pour votre prochain repas de famille, mais une chose est sûre… Vous ne regarderez plus le monde de la même façon.

Là où chantent les écrevisses : une ode à la nature

Rien qu’à son nom, le marais évoque des images péjoratives dans l’imaginaire du lecteur. Pourtant, pour Kya, c’est l’école de la vie. Une sorte de no man’s land qui sent « à la fois la vie et la mort, un mélange organique de promesses et de décomposition ». Née sous une étoile flétrie, Kya va pourtant illuminer tout le roman par son innocence candide, mais perspicace.

Une petite sauvageonne orpheline au regard de braise qui, pour survivre, fera de la nature sa plus grande force « Elle en savait plus que tout le monde sur les marées, les oies des neiges, les aigles et les étoiles, et elle ne savait pas compter jusqu’à trente ».

Vous l’aurez sûrement compris, Là où chantent les écrevisses prend racine dans le cadre somptueux d’une nature luxuriante. Tantôt hostile. Tantôt salvatrice. Refuge impénétrable de toutes les misères humaines, Kya y trébuche souvent pour mieux se relever ensuite. Milieu privilégié des opprimés, le marais se fait une forteresse insondable pour tous ceux dont la solitude est la seule compagne.

Et qui de mieux placer que Delia Owens pour donner vie à l’opulence de cette nature plantureuse ? En effet, avant d’être autrice, Delia Owens est avant tout une biologiste et une zoologiste reconnue. Alors qu’elle grandit aux États-Unis, elle décide de s’installer au Botswana pour étudier les différentes espèces de mammifères qui peuplent la région. Grâce à ses recherches, elle écrira plusieurs livres de non-fiction où elle couchera ses découvertes.

Mais alors… Kya est-elle un double fictionnel de Delia Owens ? Un alter ego littéraire ? En quelque sorte, si l’autrice n’a jamais souffert de la solitude, elle passera sa vie à protéger les espèces animales en danger… comme Kya. « Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses », et la nature t’apportera les réponses à toutes tes questions existentielles.

Delia Owens nous révèle le paradoxe de la nature humaine

Laissée face à elle-même au milieu des marais par tous les membres de sa famille, qui se sont enfuis un à un, Kya grandit seule. Mais comment survivre dans un monde hostile quand on a dix ans seulement ? « Toute personne qui vit sur une plaine dépend en fait des caprices de la rivière », et plutôt que de se laisser couler, Kya va nager à contre-courant. Illettrée et farouche, elle va sentir poindre l’espoir en la personne de Tate, un jeune garçon intrigué par la fille des marais.

Mais loin de manifester une curiosité malsaine, Tate va sortir la petite fille de son ignorance en lui enseignant la lecture. Mais beaucoup plus que l’instruire, Tate va la sortir de sa solitude pesante et faire renaître un espoir fragile dans le cœur éteint de Kya. Mais, alors que la brise automnale commence de souffler, tout vole en éclats « Les feuilles d’automne ne tombent pas, elles volent. Elles prennent leur temps, errent un moment, car c’est leur seule chance de s’élever dans les airs ».

Mais loin de manifester une curiosité malsaine, Tate va sortir la petite fille de son ignorance en lui enseignant la lecture. Mais beaucoup plus que l’instruire, Tate va la sortir de sa solitude pesante et faire renaître un espoir fragile dans le cœur éteint de Kya. Mais, alors que la brise automnale commence de souffler, tout vole en éclats « Les feuilles d’automne ne tombent pas, elles volent. Elles prennent leur temps, errent un moment, car c’est leur seule chance de s’élever dans les airs ».

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Par un automne, Tate laisse derrière lui cette jeune fille dont il est profondément amoureux pour rejoindre les bancs de l’université. Un monde dans lequel jamais Kya ne pourra se fondre. L’histoire d’amour se meurt alors dans les pages mélancoliques de ce roman noir. Et Kya, désormais adolescente, ne renoncera devant rien pour tromper la solitude… quitte à se jeter dans les bras d’un monstre fait homme. Premier chagrin d’amour.

Mais Chase Andrews n’a rien d’un monstre en apparence. Au contraire, populaire et beau garçon, il fascine les jeunes filles de Barkley Cove. Mais lui, une seule chose l’intéresse : voler la virginité de la fille des marais. Un simple pari pervers et sordide « La plupart des hommes vont d’une femme à l’autre. Les vauriens s’en font même une liberté, ils vous attirent par leurs mensonges ». Qui est l’animal sauvage ? La jeune fille innocente ou l’homme bestial guidé par ses instincts primaires ?

Quand Kya découvre la vérité, elle devient encore plus indomptable, se jurant de ne plus s’attacher à personne. À quoi bon ? Tout le monde part un jour. Mais aussi effarouchée soit-elle, il y a une chose contre laquelle elle ne peut pas lutter… L’homme est un animal est social. Et ce n’est pas nous qui l’affirmons, mais Rousseau.

« Regardons les choses en face, le plus souvent l’amour ne marche pas. Et pourtant, même quand tout rate, il vous relie aux autres et, au bout du compte, c’est tout ce qui reste, ces liens »

Peut-on vivre sans amour ? Vous avez quatre heures.

Mais peu importe finalement, Kya reste persuadée d’une chose : « Quand on a besoin des autres, on finit par souffrir ». Mais alors… où est l’absolution ?

Là où chantent les écrevisses dénonce une justice à deux vitesses

À Barkley Cove, les rumeurs vont bon train. Et la fille des marais n’y échappera pas. Alors quand Chase Andrews est retrouvé mort, Kya est désignée comme coupable idéale « le corps de Chase Andrews fut retrouvé dans le marécage, qui, sans surprise, l’aurait englouti en silence ». Un collier disparu. Toutes traces effacées. Et la communauté s’emballe…

Tandis que Delia Owens revient sur l’enfance tumultueuse de Kya, elle entrecoupe ses chapitres par une enquête policière piètrement menée par le Shérif Jackson. Dans les États-Unis du début des années 70, on n’y va pas par quatre chemins… Quand on a besoin d’un coupable, on en trouve un. Quitte à falsifier les preuves, inventer une histoire crédible et salir la vertu d’une outlander.

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Trouvant ses seuls alliés auprès de personnes de couleur, Kya s’enfonce dans les sables mouvants d’une justice arbitraire. La ségrégation raciale fait encore rage dans l’Amérique profonde, et piégée par les préjugés, la jeune fille ne devra compter que sur elle-même pour que la vérité soit enfin rétablie. Mais où se cache réellement la vérité ?

Dans le monde immoral façonné par les adultes, peut-on vraiment laver son nom ? « Elle ne rêvait plus désormais de s’envoler avec les aigles ; quand on doit barboter dans la boue pour trouver de quoi manger, l’imagination se tarit à mesure qu’on devient adulte ». Après tout, Chase Andrews n’a-t-il pas obtenu que ce qu’il méritait ? Et si la justice pouvait, elle aussi, se doter de la même ironie cruelle que celle dont fut affublée la vie de la fille des marais ?

Une intrigue policière en demi-teinte, peut-être, mais rassurez-vous, l’histoire de Kya est loin d’être terminée. En effet, Là où chantent les écrevisses sera bientôt adapté au cinéma. Et nous gardons secrètement l’espoir que cette affaire sordide trouve son sens caché dans le film…

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Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.