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Littérature et essais

Quand la romance anglaise rencontre la romance française : Jane Austen VS Gustave Flaubert

Le 18 juillet marque l’anniversaire du décès de la célèbre romancière anglaise, Jane Austen. On aurait pu faire le choix de vous parler longuement de ses romans mais, au lieu de cela, nous sommes tombés sur un os… Pourquoi la romance anglaise a-t-elle si bonne réputation alors que la romance française est souvent décriée. Question existentielle, n’est-il pas ?

Tags: classique, romance

Jane Austen aura fait rêver nombre de jeunes filles à travers ses histoires teintées d’un romantisme sorti d’un autre temps. Née le 16 décembre 1775 à Steventon, elle est l’une des plus grandes romancières anglaises du 19ème siècle. Admirée pour son style épuré, ironique mais saillant, elle est surtout reconnue pour avoir usé de sa plume, discrètement acérée, pour dépeindre une fresque sociale réaliste de la petite bourgeoisie de son siècle. Jane Austen est l’autrice de six romans majeurs qui sont encore des best-sellers aujourd’hui. Maintes fois adaptée, l’œuvre de la romancière anglaise a, définitivement, encore de beaux jours devant elle.

Romans de Jane Austen

Les lecteurs semblent donc accorder un certain prestige à la romance anglaise qui continue de prospérer de l’autre côté de la Manche tandis que le genre semble avoir des difficultés à trouver sa place sur la scène littéraire française. La question est donc de savoir pourquoi. Aujourd’hui, en France, quand on parle de romance, on s’imagine instantanément une littérature féminine mais surtout un genre moins noble. Mais cela nous semble étonnant ! En effet, que fait-on alors de Le Rouge et le noir de Stendhal, de Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo ou encore d’Emma Bovary de Flaubert ? Ces romans ne sont-ils pas des chefs-d’œuvre de la littérature française ? Et pourtant, leur sujet n’est autre qu’une histoire d’amour… On n’y comprend plus rien. Décortiquons tout cela, voulez-vous ?

Selon Tessa Hadley, autrice contemporaine en vogue en Grande-Bretagne, « il y a une féminité propre au roman anglais ». Serait-ce là tout le tort du genre de la romance ? Les auteurs et éditeurs français auraient-ils trouvé une parade en ancrant Le Rouge et Le Noir ou encore L’Education sentimentale dans le mouvement réaliste ? Une réflexion s’impose ! Alors référence littéraire ou genre mineur ?

La romance : qu’est-ce que c’est ?

Rassurez-vous, nous n’allons pas vous faire un cours magistral, ce serait bien trop ennuyeux. En revanche, il est intéressant de se pencher sur la définition que donne le dictionnaire du mot « romance ». Quand on ouvre Le Larousse, on trouve quatre définitions qui se rejoignent dans un caractère musical. En effet, il n’est pas du tout question de littérature ou d’amour à proprement dit puisque qu’en réalité, dans la langue française, une romance serait une mélodie au caractère simple, tendre et sentimental

Ne voulant pas en rester là, nous sommes allés vérifier la définition que donnait Le Collins, un dictionnaire anglais, de la « romance ». Et quelle ne fut pas notre surprise ! Si le mot est employé dans le même sens dans les deux langues – n’oublions que romance est un mot anglais francisé – sa définition s’oppose en tout point ! En anglais, il n’est pas question de chant musical langoureux mais bien d’une relation amoureuse entre deux personnes. On retrouve donc le sens du mot « courtiser ». C’est un peu vieux jeu, certes, mais n’est-ce pas ce qui fait tout le charme des romances du 19ème siècle ?

Amour et préjugés

En effet, la romance n’est rien d’autre qu’un jeu de séduction entre deux personnes qui se rencontrent et tombent amoureuses. Que ce soit hier ou aujourd’hui, les principes fondamentaux du genre n’ont pas vraiment changé, seuls les codes ont évolué. En effet, aujourd’hui plus aucun auteur n’emploierait le mot « courtiser », il est complètement désuet. A notre époque, on dirait plutôt « se tourner autour » ou « se draguer ». En bref, nous sommes beaucoup plus directs comme peuvent en témoigner les nombreuses romances érotiques publiées depuis 50 nuances de Grey de E.L James.

Peut-être est-ce justement la publication de ces romances légères qui a contribué à populariser le genre ? D’ailleurs, les auteurs de ces romances sont généralement très discrets. Il suffit de prendre l’exemple de l’autrice française, Emily Blaine, qui a choisi d’écrire sous un pseudonyme pour se préserver des critiques acerbes. N’est-ce pas un peu ironique quand on sait que Paris est la capitale de l’amour… Mais alors pourquoi ressentir de la honte au lieu d’une certaine fierté ?

Les histoires d’amour françaises finissent-elles toujours mal ?

Il faut le dire, en tant que français, notre réputation d’amoureux infidèles nous précède en dehors de nos frontières. Nous sommes sûrs que vous pouvez en témoigner ! Et les grands classiques de la littérature française n’ont certainement pas aidé à nous enlever cette épine du pied… En effet, les adultères d’Emma Bovary n’ont sûrement pas joué en notre faveur. Et c’est d’autant plus vrai quand on sait que le roman de Flaubert est l’un des livres français les plus lus à l’étranger.

Madame Bovary de Gustave Flaubert

Il y a comme une idée sous-jacente que les romances françaises sont scabreuses et finissent toujours mal. Il suffit de penser à Manon Lescaut de l’Abbé Prévost ou encore à L’Amant de Marguerite Duras. Non seulement, nous sommes audacieux et infidèles mais en plus, nos romances ne se finissent pas toujours bien. Le comble ! Mais finalement, n’est-ce pas la dure réalité de la vie ?

Manon Lescaut de l'Abbé Prévost

Mais si Jane Austen, dans ses romans, a fait le choix de toujours donner une fin heureuse à ses personnages, ce n’est pas un hasard. C’est tout simplement parce qu’elle n’y a pas eu droit. « Une femme n’a pas à épouser un homme sous le simple prétexte qu’il le lui a demandé ou qu’il l’aime » écrit-elle dans Emma. Elle préférera donc une vie de célibat plutôt que de vivre un mariage sans sentiments. Mais les réminiscences de son chagrin d’amour – qui porte le nom de Tom Lefroy – flottera toujours au-dessus de son œuvre… Féministe avant l’heure, Jane Austen aura marqué ses romans d’une rébellion discrète camouflée sous une morale bienveillante propre à l’Angleterre du 19ème siècle.

Emma de Jane Austen

En choisissant de mettre des mots sur les choses, les auteurs français sont devenus les prescripteurs d’une initiation à la sexualité au contraire de la retenue caractéristique employée par les romancières anglaises telles que Jane Austen ou encore les sœurs Brontë. En fait, quand on réfléchit bien, la question est la suivante : peut-on comparer l’incomparable ? Et si on essayait ?

Jane Austen et Gustave Flaubert : une comparaison iconique

Vous ne nous en voudrez pas d’avoir voulu nous amuser un peu ? Nous avons décidé de brosser le portrait de deux personnages iconiques de l’œuvre de Jane Austen et Gustave Flaubert : Elizabeth Bennet d’Orgueil et Préjugés et Madame Bovary du roman éponyme. Si les deux héroïnes sont nées au cœur du 19ème siècle, elles ne sont pas issues de la même culture. Et c’est là que commence de se creuser le fossé entre la romance anglaise et la romance française… La comparaison semblerait presque indécente mais c’est finalement ça qui est amusant. Mais au-delà de l’aspect humoristique de cet exercice, il est surtout très révélateur. On s’explique !

Jane Austen Orgueil et préjugés

Si Madame Bovary, le roman de Flaubert, est classé dans le mouvement du réalisme, son début ne diffère pas tant que cela de celui d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen. En effet, Emma et Elizabeth sont toutes deux des jeunes filles avec un objectif commun : trouver l’amour. En revanche, leur manière de s’y prendre est complètement différente. Cultivée, droite et honnête, Elizabeth envisage le mariage avec parcimonie. A l’image de son autrice, elle est à la recherche de sentiments sincères. Négligeant jusqu’à son apparence, elle ne cherche pas la perfection mais la sincérité, celui qui saura se montrer à la hauteur de son esprit vif et malicieux. En bref, tout le contraire d’Emma Bovary !

Elizabeth Bennet

Emma, quant à elle, a grandi dans un couvent bercé par les histoires des romans à l’eau de rose qu’on l’autorisait à lire. Elle ne connaissait donc de l’amour que les grandes envolées lyriques dont elle dévorait les lignes avec avidité. Quelle ne fut donc pas sa désillusion quand, après avoir épousé le premier venu, elle se rendit compte que celui-ci n’était pas à la hauteur de ses espérances. Son mari, le pauvre Charles, va faire les frais de son amère déception… Simple officier de santé, il ne saura jamais combler la folie des grandeurs qui animait sa femme. Et que fait une épouse bafouée chez Flaubert ? Elle brave les interdits pour trouver ce qu’il lui revient de droit. Mais naïve, Emma se transformera en héroïne tragique quand elle se rendra, finalement, compte qu’elle n’était qu’un objet entre les mains des hommes. Les M. Darcy, ça n’existe pas dans la vraie vie, ils ne sont qu’une invention de la littérature féminine…

Carte d'identité Emma Bovary

Tiens, tiens… Flaubert ne se ferait-il pas l’avocat du diable ? Si les deux romans se veulent une satire sociale de leur temps, c’est bien le seul point commun que l’on peut leur trouver. En effet, rappelons-le, ces deux auteurs ne sont ni de la même nationalité, ni du même sexe. Et c’est probablement là que se trouve la réponse à notre question… La littérature française et la littérature anglaise ne trouvent pas racines dans la même Histoire et c’est précisément cela qui rend leur comparaison impossible. En effet, en Angleterre, la littérature a rapidement été dominée par les femmes tandis qu’en France, elle a, pendant longtemps, été majoritairement masculine. George Sand ne se cachait-elle pas derrière un pseudonyme masculin ?

Tessa Hadley a finalement tout résumé en déclarant que la féminité était propre à la littérature anglaise. Qui de mieux placé qu’une femme pour parler à une autre de ses sentiments et de ses pensées les plus intimes ? Les autrices françaises du genre ne sont apparues que bien plus tard dans le jeu et elles ne pouvaient décemment pas décrire une vie de petite bourgeoisie comme le faisait Jane Austen ou les sœurs Brontë, cela n’aurait plus lieu d’être dans notre époque actuelle.

Il n’empêche que la romance française existe, elle est loin d’être un mythe. Elle s’inscrit simplement dans d’autres mœurs puisque ces romans ont été écrits par des hommes. Mais cela ne veut pas dire qu’elle est inexistante, loin de là. La prose de Flaubert et de Stendhal s’en fait la preuve irréfutable. La conclusion serait, néanmoins, de ne pas comparer ce qui n’est pas comparable. Et ne réduisons pas les romances à une histoire visant à émouvoir le lecteur par une fin heureuse parce que c’est bien plus que cela. En effet, Jane Austen a su se montrer incisive dans la critique de la société de son temps. Mais ça, c’est une autre histoire…

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Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.

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