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Le livre dans le monde

Confinement : entre lecture angoissante et lecture plaisir

Depuis le début du , les conseils de  fusent de toutes parts. En effet, quelle manière plus honorable d’occuper tout ce temps « libre » que de se cultiver ? Cependant, entre le télétravail, le ménage, la cuisine et les enfants, il est parfois compliqué de trouver un moment pour soi afin de se poser dans un endroit calme. Difficile alors de se plonger pleinement dans un livre pour oublier le reste du monde.

Entre conseils de lecture, angoisse et culpabilité

Daniel Pennac (lauréat du prix Renaudot 2007) nous rappelait, mi-mars sur France Inter, que « des gens ont été sauvés par la lecture dans des périodes de claustration ». La littérature apparaît alors comme le grand sauveur de ces temps incertains. Les librairies, qui se sont vues forcées de fermer leurs portes, continuent alors de faire parler d’elles à travers des conseils de lecture. Il est d’autant plus important qu’elles gardent ce lien précieux avec leurs fidèles clients alors que leur vente de livres continue inéluctablement de chuter comme le souligne le magazine littéraire Actualitté.

Les classiques de la littérature remis au goût du jour

C’est ainsi, qu’en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, des milliers de recommandations littéraires ont fleuri sur la toile du monde entier. Les classiques de la littérature sont les grands gagnants de ce palmarès. Si on peut se demander pourquoi, la réponse semble pourtant évidente. En effet, nombreux sont ceux qui possèdent ces livres depuis de nombreuses années dans leur bibliothèque. Hérités de nos aïeux, nous les arborons fièrement comme des trésors du passé mais cela ne signifie pas, pour autant, que nous les avons tous lus. Et si tel est déjà le cas, notons qu’une relecture n’est jamais vaine. Ces œuvres de la littérature sont une source inépuisable de découvertes, le lecteur dénichera sans mal une nouvelle facette de l’ouvrage à chaque nouvelle lecture.

Des noms de grands auteurs font ainsi un retour tonitruant dans les intitulés de nombreux articles. Impossible alors d’ignorer un des titres phares d’Albert Camus, La Peste. Le choix peut pourtant paraître surprenant puisque cet ouvrage relate l’histoire de la propagation d’une maladie dans la ville d’Oran en Algérie. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? On pourrait presque se demander si cette lecture ne relève pas un peu du masochisme… Comment calmer ses angoisses quant à la propagation du coronavirus quand on décide de se plonger dans une lecture qui parle justement d’épidémie ? Peut-être est-ce pour le soupçon d’espoir qu’apporte la fin de l’ouvrage ? Peut-être que les lecteurs cherchent une idée de comment appréhender le monde de l’après… Si les raisons sont aussi nombreuses que ténues, les ventes du célèbre du roman de Camus continuent de s’envoler inexorablement.

Une littérature nourrie par nos angoisses

La dystopie imaginée par certains auteurs est devenue réalité. Il n’est plus question de projection mais d’un réalisme angoissant. Le climat anxiogène qui règne actuellement tout autour de nous n’est pas favorable à chacun d’entre nous. Certains n’arriveront pas à se plonger dans les œuvres de Georges Orwell, de Margaret Atwood et bien d’autres encore. S’évader au travers d’un livre devient alors impossible, notre faculté à nous projeter est censurée et la littérature perd toutes ses vertus. Tout nous ramène à l’actualité brûlante dans laquelle nous baignons. Un personnage s’apprête à serrer la main d’un autre et une alarme sonne dans un coin de notre tête : et la distanciation sociale dans tout ça ? La culpabilité commence alors à nous ronger. En effet, pendant que certains décident de parfaire leur culture littéraire pour tuer le temps, d’autres restent prostrés dans une angoisse sourde et paralysante. Visiblement, nous ne sommes pas tous égaux quant à la manière de gérer la situation.

Cependant, rien ne sert de s’alarmer. Si les médias relatent beaucoup de recommandations de lecture, il est sage d’observer attentivement les données avant de culpabiliser. Si la consommation de biens culturels a augmenté durant cette période, les livres ne sont pas les grands gagnants de cette crise. Si comme le titre Livres Hebdo, 42% des français lisent plus qu’avant le confinement, ce n’est rien en comparaison du pourcentage de personnes qui consomment plus de séries télévisées. Sans surprise, les services de plateforme de streaming voient le nombre de leurs abonnés augmenter considérablement… La légèreté semble de mise en ces temps troublés.

consommation produits culturels confinement

Sondage HADOPI/IFOP (avril 2020)

Retour à la lecture plaisir

Deux tendances s’observent alors. Si certains décident de suivre les recommandations littéraires médiatiques, d’autres préfèrent s’écarter des chemins battus. Se forger une culture littéraire ne passe pas forcément par la relecture des classiques. Les mots ne vont pas s’envoler, il sera toujours possible d’y revenir ultérieurement, quand l’atmosphère extérieure sera moins anxiogène.

La lecture, un divertissement pour lutter contre le stress

Si ouvrir un roman vous apparaît comme une corvée, la lecture de celui-ci ne vous sera d’aucun soulagement. La notion de lecture plaisir ne doit pas être oubliée au profit de l’idée d’une grande connaissance des cultes de la littérature classique. Briller pendant les repas en société, c’est bien, mais ça ne soulage pas les maux. Lire doit rester un loisir avant tout. D’ailleurs, ce n’est pas Kant qui disait le contraire quand il écrivit « Une lecture amusante est aussi utile à la santé que l’exercice du corps ». Parfois rien ne vaut une lecture légère pour oublier le monde qui nous entoure.

Ce ne sont pas les auteurs actuellement en vogue qui diront le contraire. Si les ventes de livres s’effondrent à cause du confinement, certains ouvrages continuent de se vendre comme des petits pains. En effet, si les librairies ont fermé, certains réseaux de vente restent accessibles comme les rayons livres des grandes surfaces ou les maisons de la presse. Ainsi, les formats poche des best-sellers de l’année 2019 voient leur vente augmenter de manière notable. Le confinement n’aura pas été une période creuse pour tous les écrivains. En effet, si Guillaume Musso a vu la sortie de son nouveau roman, La vie est un roman, repoussé à fin mai, son livre de l’an passé La vie secrète des écrivains, sorti le 18 mars dernier chez Le livre de Poche, a encore de beaux jours devant lui.

Les romans feel-good privilégiés par les lecteurs anxieux

Dans cette quête de légèreté et d’évasion, nombreux sont les lecteurs qui lisent ou relisent les romans feel-good de leur bibliothèque. S’ils sont l’antithèse parfaite des œuvres classiques, ils sont également le remède parfait au prosaïsme. Souvent dénigrés par la critique et relégués au rang de littérature facile, ils sont pourtant plébiscités par un lectorat de plus en plus grand. Preuve en est avec les ventes considérables de La cerise sur le gâteau d’Aurélie Valognes en format poche. Les écrivains dont la notoriété n’est plus à construire ont également le vent en poupe. Dans ce top des ventes, on retrouvera donc naturellement Ghost in Love : un roman, le dernier ouvrage de Marc Levy sorti chez Pocket le 6 février dernier.

Une chose est sûre, il y aura un avant et un après cette période quelque peu surréaliste. Que ce soit dans la sphère politique ou le monde socio-culturel, la crise sanitaire provoquée par le coronavirus n’a pas fini de faire parler d’elle. En effet, on peut supposer qu’elle nourrira l’imagination de nos auteurs contemporains pendant de nombreuses années encore. Preuve en est déjà avec Paolo Giordano (La solitude des nombres premiers) qui vient tout juste de publier, aux éditions Le Seuil, un nouvel essai intitulé Contagions. Si le livre n’est pas encore disponible à l’achat physique, il est possible de le consulter gratuitement en ligne sur le site de l’éditeur. Mais si certains écrivains continueront d’épiloguer sur cette crise qui passionne les foules, d’autres continueront de divertir les lecteurs en relatant des histoires plus légères. Mais après tout, n’est-ce pas là que réside toute la force et la diversité de la littérature ? Il y en a pour tous les goûts.

Illustration principale © Master1305 / Shutterstock

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Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.

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