fbpx

Un blog de libraires pour les lecteurs du monde entier

BD et Mangas

Pucelle : la BD qui brise avec fracas et humour les tabous autour de la puberté

Pas toujours facile de mettre des mots sur « la chose » dont on ne doit pas prononcer le nom. Chez les Dupré la Tour, on ne parle pas des sujets qui fâchent. Et celui qui rend le papa de Florence tout rouge, c’est le sexe. Remettons les choses dans leur contexte, voulez-vous ?

Florence Dupré la Tour n’en est pas à son coup d’essai en matière de BD autobiographique. C’est en 2016 que paraissait Cruelle où elle nous racontait son enfance truculente partagée entre l’Argentine, la France et la Guadeloupe. Élevée dans une famille chrétienne traditionnelle, elle menait une enfance insouciante. Peut-être un peu trop justement…

Cruelle Florence Dupré la Tour bd ado fille 14 ans

Mais petit hic… La petite Florence était une enfant curieuse. Elle posait de nombreuses questions auxquelles ses parents ne donnaient que des réponses vagues. Surtout quand il s’agissait de sexe ! C’est ainsi que commence Pucelle. En effet, loin de se contenter des réponses évasives de ses parents, elle se mit à imaginer sa sexualité naissante autour d’un monstre sale et menaçant. Pour résumer grossièrement : le sexe, c’est mal.

Pucelle Florence Dupré la Tour bd ado fille 14 ans

3.67/5 (50 votes Babelio)

Encensée par la critique et élue BD RTL du mois de mai 2020, Florence Dupré la Tour signe une bande-dessinée qui oscille entre introspection et rétrospection dans le but de lever le voile de l’ignorance sur le sexe et les règles… En bref, un album à partager sans plus attendre avec nos adolescentes !

Florence Dupré la Tour, maîtresse de l’autodérision

Aujourd’hui encore, parler de sexe autour de la table n’est pas un sujet qui met à l’aise tous les invités… Et ça, Florence Dupré la Tour en a bien conscience. Pourtant, elle met les deux pieds dans le plat avec Pucelle et choisit de poser des mots et des images sur les silences qui diabolisent le sexe dans l’imaginaire des enfants.

Tout commence avec une question innocente : « Maman ? Comment il a fait pour rentrer dans ton ventre le bébé ? ». Tous les parents le savent, c’est LA question à laquelle ils devront apporter une réponse un jour où l’autre. N’empêche que nombreux sont ceux qui se retrouvent désarçonnés le moment venu. Et puis, il faut le dire, l’histoire de la petite graine que plante le papa dans le ventre de la maman, ça marche un temps mais pas éternellement… La petite Florence n’est pas dupe, elle sent qu’on ne lui dit pas tout… Elle est l’objet de la toute-puissance des adultes et ça l’agace prodigieusement. Les grandes personnes ne lui expliquent jamais rien mais, pourtant, elles se moquent sans vergogne de son ignorance.

La colère de la petite fille se traduit avec force dans les dessins de Dupré la Tour. Le noir et blanc, symbole du souvenir, se mêle à ce rose caractéristique – et complètement cliché – que l’on attribue aux petites filles. Mais le rose devient de plus vif au fur et à mesure des pages pour se faire le symbole du péché : la chair, le sang, les règles… l’enfer.

Florence Dupré la Tour et l’art du second degré

La bande-dessinée de Florence Dupré la Tour pose beaucoup de questions. Si elle est destinée aux pré-adolescentes, elle mérite d’être décryptée avec un adulte. En effet, l’album n’est surtout pas à lire au premier degré ! Sous l’humour se cache un véritable message. Par ses dessins et ses mots aussi crus que provocateurs, l’autrice invite les parents et les adolescentes à ouvrir un dialogue.

Même si la pensée des jeunes filles d’aujourd’hui a évolué au même rythme que les mœurs avec le temps, la puberté reste un sujet largement tabou au sein de nos sociétés. Avoir ses règles est naturel mais il ne faut pas le crier trop fort « il ne faut pas que ça se sache. Si ça se sait, je ne survivrai pas à une telle humiliation ». Pourquoi ? Parce que c’est honteux et sale. Et c’est ainsi que le 28 mai dernier, on fêtait la septième journée mondiale de l’hygiène menstruelle

Il est temps de changer les règles au sens propre comme au sens figuré du terme. Et c’est précisément ce à quoi nous invite Florence Dupré la Tour en mettant en images les pensées que peuvent avoir des jeunes filles que l’on maintient volontairement dans l’ignorance. Le silence doit être brisé pour que les pré-adolescentes n’aient plus honte d’être des femmes. Vous l’aurez compris, si l’autrice se moque sans complaisance de l’enfant qu’elle était, c’est pour mieux affirmer son engagement féministe.

Une critique acerbe d’un patriarcat désuet

Florence Dupré la Tour ne se contente pas de mettre des mots sur « la chose », elle critique également ouvertement une société encore trop patriarcale. En effet, malgré son jeune âge, elle réalise très vite que les femmes sont définies par un manque et une faute impardonnable… Elles n’ont pas de zizi, elles sont responsables du péché originel et elles sont absentes des livres d’Histoire « Ne voyais-je pas que l’Histoire ne se conjuguait qu’au masculin ? Comment aurais-je pu percevoir ce qui n’est pas montré ? L’absent. Le vide. Le trou ».

Mais force est de constater que « si l’école, ce temple du savoir, le disait en creux, ça ne pouvait qu’être vrai. Les femmes n’avaient aucune valeur, aucune réalité, aucune existence ». Si la petite fille semble accepter cette amère fatalité, cela ne va que renforcer sa haine. Aussi virulente que turbulente, la petite Florence va alors s’illustrer par la colère.

Et le premier à faire les frais de sa fureur, c’est son père. Florence ne comprend peut-être pas encore tout mais elle se rend bien compte que c’est Papa qui commande à la maison. Et cette constatation se fait d’autant plus âpre quand on sait qu’il brille par son absence. Souvent parti en voyage d’affaires, il mène pourtant la vie dure à sa mère quand il est à la maison. Presque tyrannique, elle prend rapidement conscience que « Maman a peur de Papa ». Cela fait-il de Papa le roi de la maison ?

Les propos de Florence Dupré la Tour sont particulièrement séditieux. C’est en affirmant le contraire de sa pensée de femme adulte qu’elle choque et provoque éhontément. Elle bouscule volontairement les codes pour amener ses lecteurs à réagir. Il est temps de mettre des mots sur l’indicible. Les tabous ne font que renforcer une honte qui n’existerait pas si on osait ouvrir le dialogue. Si l’on devait résumer cette bande-dessinée en une seule phrase, ce serait la suivante… N’ayons pas peur de dire les choses !

En bref, avec Pucelle, Dupré la Tour frappe fort mais vise dans le mile. De l’humour à une colère révoltante, il n’y a qu’un pas… Une lecture à partager et repartager !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.