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A silent voice : le manga qui brise les tabous autour du harcèlement scolaire et du handicap

Harcèlement scolaire, handicap, suicide… Rien de bien réjouissant, dites-vous ? N’en soyez pas si sûrs ! Avec son manga A silent voice, Yoshitoki Oima brise (enfin) le silence pour mettre des mots sur les sujets tabous. Et croyez-nous, c’est aussi cruel que bouleversant…

S’il est loin d’atteindre les sommets romantiques de l’animé Your name de Makoto Shinkai au box-office, A silent voice de Yoshitoki Oima n’en reste pas moins un condensé d’émotions à l’état pur. En effet, bien que l’on compare souvent ces deux animés, sachez que les ficelles narratives sont loin d’être les mêmes. Certes, le mal-être adolescent reste au centre de l’intrigue, mais se plonger dans le manga A silent voice – ou Koe No Katachi en japonais – c’est comme monter sur des montagnes russes. Vous avez le cœur bien accroché ? Ça tombe bien parce que de la colère à la joie, en passant par l’angoisse et la frustration, rien ne vous sera épargné.

manga a silent voice

Publié aux éditions Ki-oon, A silent voice est une série de mangas publiés en 7 tomes qui traite avec une justesse incroyable du harcèlement scolaire et du handicap au Japon. Un sujet qui, au pays du soleil levant, reste encore largement tabou. Pourtant, le harcèlement scolaire – ou ijime en japonais – demeure un véritable fléau dans les cours d’école.

Qu’est-ce que l’ijime ?
Littéralement « brimades » ou « intimidation », l’ijime est un phénomène qui sévit dans les cours d’école japonaises depuis le début des années 80. Pour faire simple, c’est le nom qu’on donne à toutes les formes de harcèlement au Japon. En effet, au sein d’une culture basée sur le groupe et l’homogénéité, la différence est violemment rejetée. Les victimes sont isolées et humiliées sous prétexte qu’elles ne répondent aux conformités sociales. Au fil des années, bien que les autorités nient toutes formes de liens avec l’ijime, le pays a enregistré une forte hausse du nombre de suicides chez les jeunes Japonais âgés entre 10 et 19 ans. S’il est à noter qu’une loi de lutte contre le harcèlement scolaire est entrée en vigueur en 2013, le phénomène est loin d’avoir trouvé un point final à son histoire. Ça y est, vous tenez le point de départ du manga, A silent voice

En empruntant le chemin de la rédemption, Yoshitoki Oima nous offre une ode à la tolérance qui se lit avec autant de compassion que d’amertume. Ouvrir un débat et mettre des mots sur la souffrance dans un pays où le silence est rigueur, il fallait oser ! Vous l’aurez compris, A silent voice est un manga qui nous laisse un doux goût amer… D’ailleurs, sans jamais aller aussi loin dans la brutalité des propos, il ne sera pas sans vous rappeler le roman de Jay Asher, Treize raisons et son adaptation Netflix.

A silent voice : l’animé qui dénonce le harcèlement scolaire

Alors que la thématique nous paraît saturée de discours surfaits, Yoshitoki Oima réussit à nous livrer une œuvre emprunte d’une sensibilité insoupçonnée. Pourtant, l’histoire ne débute pas de la manière la plus originale qui soit, mais elle pose les jalons de la culpabilité qui ne cessera de hanter tous les protagonistes. Alors que le jeune Shoya s’ennuie fermement sur les bancs de son collège « chaque jour était une nouvelle bataille dans ma guerre contre la morosité », il voit sa vie retrouver un sens quand Shoko fait irruption dans sa classe. Voilà le point de départ de l’enfer personnel d’une jeune fille malentendante et muette qui ne rêvait que de s’intégrer dans son nouvel établissement.

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Note Babelio 4

4.12/5 (693 votes Babelio)

Aussi farceur que provocateur, le jeune garçon va prendre pour cible la jeune fille « Tous les gamins de mon âge mettent du sel sur les limaces, courent après les pigeons, coupent la route aux fourmis, et dessinent des sourcils aux chats ! Poursuivre Shoko avec un jet d’eau, la faire trébucher, gribouiller dans son cahier, c’est pareil ! ». Alors qu’il suscite l’admiration de sa bande d’amis, il s’engouffre dans un tourbillon de moqueries toujours plus sadiques les unes que les autres. Cependant… vous connaissez l’expression de « l’arrosoir arrosé » ? « La gentillesse est le langage qu’un sourd peut entendre et qu’un aveugle peut voir » mais ça, Shoya l’a compris bien trop tard…

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Après avoir maintes fois cassé les appareils auditifs de la jeune fille, il devient la cible à abattre. De bourreau, il devient victime. En effet, délaissé par ses amis, il se retrouve comme seul au monde. Mais loin de faire de Shoya un coupable idéal, Yoshitoki Oima s’éloigne au contraire de toute vision manichéenne du monde. Bien que A silent voice soit un manga qui dénonce le harcèlement scolaire, il met surtout en exergue le mal-être adolescent dans une société où la violence se fait le reflet d’une malédiction commune.

A silent voice : un manga qui explore le chemin de la rédemption à travers la culpabilité

Nous voici propulsés de cinq ans dans le futur où nous retrouvons un Shoya adolescent, complètement renfermé sur lui-même. À partir de ce moment-là, le manga de Yoshitoki Oima prend une toute nouvelle direction. Nous ne sommes plus dans l’action à proprement dit, mais dans l’exploration des états d’âme torturés du jeune homme. Rongé par le remords, il a tout organisé pour mettre fin à ses jours mais… voilà que sa route croise à nouveau celle de Shoko : « En les voyant sourire, j’ai eu envie de rendre à Shoko…. tout ce que je lui avais volé ».

Le lecteur – ou le spectateur – se voit alors engagé sur le chemin de la rédemption. A silent voice s’emploie à explorer l’intériorité divisée et heurtée de ses personnages avec une émotion telle qu’on en oublierait presque que Shoya est à l’origine de son propre malheur. Mais est-ce vraiment le cas ? Si jamais on ne niera son implication dans le harcèlement scolaire de Shoko, on le retrouve si désorienté qu’on ne peut s’empêcher de ressentir de la pitié pour lui « Je me doutais bien que quelque chose viendrait me rappeler que je n’ai pas le droit de profiter de la vie comme si rien ne s’était passé ! ». Il ne sait plus comment se comporter en société et, encore moins, comment se faire des amis

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Malgré sa maladresse, et bien qu’il soit tenaillé par sa culpabilité, Shoya ne reculera devant rien pour se faire pardonner auprès de Shoko « J’aimerais mieux te connaître pour que personne ne puisse remettre en cause notre amitié ». Mais plus qu’une histoire de rédemption, l’animé A silent voice se veut comme une sorte de défi lancé à tous les adolescents. Celui d’accepter sa propre diversité. Face à une jeunesse minée par le mal-être de ne pouvoir exprimer ses émotions librement, chacun semble se construire dans une réalité parallèle. Ce qui est assez paradoxal quand on sait qu’ils évoluent dans la même sphère « Les choses ne se passent pas toujours comme on veut, mais ne te laisse pas abattre ! Il faut accepter ses défauts et continuer à avancer… ».

Ne vous attendez pas à de grandes tirades dramatiques, vous seriez déçus ! Oh bien sûr, le manga A silent voice a toutes les caractéristiques du mélodrame adolescent, mais l’essentiel est ailleurs… Tout réside dans l’expression épurée des personnages imaginés par Yoshitoki Oima. Torturé mais terriblement attachant, chacun décrit avec douceur et cruauté la teneur de ses sentiments « Ce qui m’attend derrière cette porte… c’est un passé douloureux mais aussi un ensemble de possibilités, de chances qui ne demandent qu’à être saisies ! ». Et c’est justement parce qu’ils sont comme n’importe quel autre adolescent que leurs mots résonnent, à nos oreilles, avec autant de justesse.

A silent voice : du manga au film

Sorti en 2016 sur les écrans japonais puis en 2018 dans les salles françaises, A silent voice était un film attendu par tous les adeptes des mangas de Yoshitoki Oima. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas été déçus ! Bercé par des musiques discrètes, mais terriblement poignantes, le lien fragile qui unit Shoya à Shoko est projeté avec une intensité émouvante au centre de l’adaptation imaginée par Naoko Yamada, la réalisatrice. En effet, s’ils sont les deux personnages principaux du manga, le film se concentre d’autant plus sur leur relation, leurs pensées inavouées et leur mal-être. Appuyé par des dessins et des couleurs délicates, le film A silent voice ne vous fera que davantage tomber sous le charme de cette histoire bouleversante.

Si l’adaptation est fidèle au manga, les personnages secondaires sont néanmoins mis sur la touche. Moins exploités, mais essentiels à la construction de l’amitié entre Shoya et Soko, ils représentent néanmoins l’élément indispensable à la cohésion de ce microcosme pour le moins éclectique. Tout comme dans le manga, Naoko Yamada s’emploie à montrer une jeunesse hésitante et incertaine qui cherche à se libérer de la pression sociale et du conformisme qui pèse invisiblement sur ses épaules.

Vous l’aurez compris, A silent voice brosse le portrait de toute une génération de jeunes Japonais pour enfin donner la parole aux opprimés, et ce, sans jamais tomber dans le pathos. En bref, un coup de cœur manga qui, nous sommes prêts à le parier, saura vous toucher en plein cœur par sa sensibilité et sa profondeur psychologique.

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Article par Manon De Miranda

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.