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BD et Mangas

La fille dans l’écran, la parenthèse enchantée d’une romance virtuelle

Manon

La fille dans l’écran de Lou Lubie et Manon Desveaux est une bande-dessinée au concept original. Écrite à quatre mains, elle met en miroir deux autrices, deux vies, deux personnages. Coline vit à Périgueux en France et Marley à Montréal au Canada. Quelle était la probabilité qu’elles se rencontrent ? On vous laisse le soin de le découvrir…

Depuis les émeutes de Stonewall en 1969, chaque année, Juin se pare de sa tenue arc-en-ciel pour célébrer le mois des Fiertés. Et cette année, dans le contexte du mouvement « Black lives matter », la communauté LGBTQ+ a tenu à rappeler que si le mois de la Pride perdure c’est notamment grâce à l’initiative de trois femmes afro-américaines : Masha P. Johnson, Stormé DeLarverie et Sylvia Rivera. C’est un an après ces émeutes qu’avait lieu la première Marche des Fiertés dans les rues de New-York. La première d’une longue série…

La fille dans l'écran de Lou Lubie et Manon Desveaux

© Ink Drop / Shutterstock

Afin de suivre cette tradition, nous avons décidé de fêter l’événement à notre façon… c’est-à-dire en littérature ! Mais pas de violence ou de haine avec la bande-dessinée de Lou Lubie et Manon Desveaux, seulement de la tolérance. Pourquoi ? Parce que certaines rencontres peuvent tout changer. Et c’est exactement ce qui est arrivé à Coline et Marley, les deux personnages principaux de La fille dans l’écran.

La fille dans l’écran : de la campagne française à la métropole de Montréal

Deux autrices. Deux styles différents. Deux personnages. Deux pays. Tout est binaire dans La fille dans l’écran. Paru en janvier 2019 aux éditions Marabout Livre, ce roman graphique ne tire pas son originalité de son scénario mais plutôt de sa construction. Si la couverture de la bande-dessinée ne laisse pas de place au doute, vous vous laisserez facilement happer par l’histoire de cette rencontre pas comme les autres.

La fille dans l'écran de Lou Lubie et Manon Desveaux BD Marabout

Coline, 20 ans, habite en France. Aussi sensible qu’angoissée, elle vit recluse dans la campagne périgourdine. Marley est une française de 27 ans expatriée à Montréal depuis plusieurs années. Rien ne les prédestinait à se rencontrer… enfin presque rien ! Toutes deux sont animées par une passion, le dessin pour Coline et la photographie pour Marley. C’est précisément là que leurs destins se rejoignent. En effet, chacune s’est retrouvée bridée dans l’expression de leur art parce que selon leur entourage « on ne peut pas en vivre ».

Si Coline mène une vie d’introvertie dans le garage de ses grands-parents, Marley profite des bienfaits de la vie trépidante d’une grande métropole francophone. Pourtant le jour où Coline ose envoyer un mail à Marley pour lui demander si elle peut s’inspirer de ses photographies pour créer ses dessins, leur vie bascule. C’est le début d’une correspondance virtuelle qui va tout changer.

Lou Lubie et Manon Desveaux : deux univers miroirs

Bien plus qu’une rencontre virtuelle, La fille dans l’écran met en scène la fusion de deux mondes opposés. Si Coline vit dans la campagne française, c’est parce qu’elle a fui les grandes facultés parisiennes après avoir développé une phobie scolaire. Sujette aux crises d’angoisse, elle se réfugie dans son art pour exprimer ses émotions. Si ses grands-parents l’encouragent dans cette direction, ce n’est pas du goût de sa mère…

De son côté, au fil de sa relation en ligne avec Coline, Marley se rend compte qu’elle ne vit pas la vie qu’elle avait imaginé mener en quittant la France pour le Canada. Si elle était venue pour prendre des clichés artistiques, elle est désormais barista dans un café « parce qu’il faut bien payer les factures » comme aime à lui rappeler Vincent, son compagnon. Le jour où elle reçoit le premier mail de Coline, c’est le déclic… Elle ressort alors son appareil photo qui prenait la poussière sur le haut d’une étagère depuis près de quatre ans.

Cet effet miroir est très bien maîtrisé par les autrices de la bande-dessinée. Lou Lubie et Manon Desveaux se sont lancées un défi, celui d’écrire l’histoire de cette rencontre à deux voix. Manon incarne Coline sur la page de gauche tandis que Lou donne vie à Marley sur la page de droite. Les deux mondes se frottent sans jamais se toucher jusqu’à ce fameux mail qui fait apparaître une bulle dans la page de Marley. Les deux planches se mettent alors à dialoguer ensemble.

Si Manon Desveaux dessine le monde de Coline en noir et blanc, Lou Lubie colorie celui de Marley. Mais plus la relation entre les deux jeunes femmes s’approfondit, plus les couleurs se mélangent. Le monde tout de gris vêtu de Coline est alors progressivement pigmenté par la vivacité de l’univers de la pétillante Marley. Cette intensité ne fait que s’intensifier jusqu’au moment de la rencontre où leurs deux mondes désaccordés fusionnent avec une justesse inattendue…

La fille dans l’écran : une histoire d’amour et de solidarité féminine

Si, bien entendu, l’histoire d’amour entre Coline et Marley est sous-jacente tout au long du récit, ce n’est pas le point essentiel de l’intrigue. Lou Lubie et Manon Desveaux voulaient dessiner une rencontre, une relation virtuelle entre deux femmes qui vivent sur des fuseaux horaires différents. Tout est y est, l’hésitation du début, l’attente du message de l’autre, la naissance de la tendresse puis enfin l’amour. Pour résumer, c’est la magie d’un heureux hasard qui prend vie sous les crayons des deux autrices.

Est-ce que la question du coming-out est abordée ? A peine effleurée, pour être honnête. Parce qu’ici, ce n’est pas ce qui est important. Peu importe qu’elles soient deux femmes, peu importe les réactions de leurs entourages, Coline et Marley s’aiment. L’une bucolique, l’autre tempétueuse, chacune accepte de mettre sa vie sur pause pour accorder du temps à l’autre.

Dans un style épuré mais une forme tendre, leur duo détonne mais émeut. Si Marley met de la couleur dans l’univers de Coline, Coline permet à Marley de revoir ses priorités. Chacune se met donc en tête de réaliser ses rêves. Elles apparaissent alors comme un duo solide, une entité qui deviendra un modèle de solidarité féminine.

Les deux cents pages de La fille dans l’écran se dévorent d’une seule traite ! Loin des préjugés, cette parenthèse enchantée est captivante, émouvante et simple. En bref, c’est une lecture qui fait du bien et qu’on ne peut que vous conseiller.

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Article par Manon

Amoureuse du voyage depuis son année d’expatriation en terres celtiques, Manon continue d’assouvir sa passion à travers les pages des livres qu'elle dévore. Mordue de lecture depuis sa tendre enfance, elle est responsable éditoriale pour le blog de Lireka.